Médiasphères : EMI en lycée professionnel

Publié le

Élèves de lycées pro, élèves allophones : débats, notions à explorer autour de l’Éducation aux Médias et à l’Information.

Hélène Coubard, professeure documentaliste au lycée Santos Dumont, à Saint-Cloud (92), a expérimenté le jeu Médiasphères (version prototype). Voici son témoignage.

Le jeu s’est déroulé au CDI avec 3 classes de 3 niveaux différents : 3ème prépa pro, Première année CAP Commerce, UPE2A (Unité Pédagogique Pour Élèves Allophones Arrivants).

Déroulement du jeu

Pour les 3 classes, le déroulement général était le même : les élèves venaient au CDI avec une enseignante disciplinaire, puis l’enseignante documentaliste présentait le jeu et enfin ils se mettaient par groupe autour de la table de jeu. Auparavant, la professeur Documentaliste avait sélectionné une dizaine de cartes par couleur. Après que l’équipe active ait lu, débattu pendant 1mn et répondu à sa question, chaque élève pouvait réagir avant que le professeur valide et explique la réponse.
Les 3ème prépa pro sont venus au CDI en 2 groupes de 9 élèves avec leur enseignante de Lettres-Histoire pendant 1h30. Les élèves ont mis 15 à 20 mn avant de vraiment se prendre au jeu. Une fois le jeu bien lancé, les élèves étaient enthousiastes et voulaient répondre même lorsque ce n’était pas leur tour. En général, ils savaient répondre par vrai ou faux aux questions, mais la justification était plus laborieuse.
C’est avec une enseignante d’Economie-Droit que 11 élèves de CAP Commerce sont venus au CDI pendant 2h. Le démarrage du jeu a été laborieux. Puis les élèves se sont pris au jeu et sont entrés véritablement en compétition. Gare à celui qui était tenté de répondre à la question d’une équipe adverse sur leur temps de réponse !
Les élèves d’UPE2A sont venus 2 heures au CDI en classe entière (16 élèves) avec leur enseignante de Français. Contrairement aux classes précédentes, les élèves ont immédiatement adhéré au jeu, sans temps d’adaptation.

Réactions

  • Élèves
    A la fin du jeu, les élèves de 3ème ont dit avoir apprécié « ça change d’un cours ». Le jeu leur a permis de « confirmer certaines choses qu’on savait instinctivement » et d’en apprendre de nouvelles.
    En UPE2A, les réactions étaient extrêmement positives. « Il ne faut rien changer ».
    Les réactions des élèves de CAP Commerce pendant le jeu étaient très positives : élèves qui s’écoutent, argumentent, prennent des exemples pour appuyer leur propos. Paradoxalement, leur réaction à la fin du jeu était qu’ils trouvaient les jeux de société en général dépassé, par rapport aux jeux sur ordinateurs.
  • Enseignantes
    L’enseignante de Lettres-Histoire a été enthousiasmée par le jeu, trouvant que c’était une bonne approche des médias. Elle a elle-même appris des choses. Elle souhaiterait renouveler l’expérience l’année prochaine, également en classe de 3ème. Pour l’enseignante documentaliste, la difficulté principale avec cette classe a été de gérer l’écoute entre élèves. Par ailleurs, les élèves ont eu des difficultés à comprendre les rébus.
    De manière générale, la classe de CAP Commerce est plutôt agitée. Cependant, l’inverse s’est produit pendant le jeu : les élèves s’écoutaient, réagissaient positivement, développaient leur connaissances, se servaient d’exemples concrets pour expliquer leur réponse etc.
    L’expérience fut donc très positive.

Les UPE2A, bien que francophones, arrivent de l’étranger et ont tous des connaissances différentes. L’expérience a donc été très intéressante. Le jeu leur a permis non seulement de lire, d’écouter les autres, mais également de leur apporter beaucoup de connaissances concernant le droit, plus que dans les autres classes. L’enseignante de français note quelques difficultés au niveau de la langue concernant les questions : par exemple les questions commençant par « peut-on », les élèves répondaient toujours oui, car ils faisaient la différence entre « pouvoir » et « avoir le droit de ». Cela a créé un débat intéressant. L’enseignante documentaliste note une vraie difficulté dans la compréhension de la notion d’identité numérique et construira donc une séance autour de cette notion.

Dans l’ensemble, le jeu, après un temps d’adaptation, a été bien accueilli par les élèves. Aborder l’éducation aux médias sous forme de jeu est la bonne idée pour accrocher un public de lycée professionnel. Les questions peuvent parfois paraître simples mais l’explication n’est pas toujours évidente pour les élèves. Le jeu permet ainsi de mettre en évidence les notions ignorées par les élèves et peut ainsi servir de base pour un travail d’Éducation aux médias. Il est donc envisagé de réemprunter le jeu en début d’année scolaire pour s’en servir comme amorce de séances autour des médias, en collaboration avec les enseignants de Lettres.

Suggestions
Les élèves ont émis quelques critiques et suggestions sur le jeu :

  • Les trajets ne sont pas toujours très clairs
  • Les chemins sont trop courts, il faudrait plus de possibilité de trajet
  • Inclure des pièges, des défis entre équipes, afin d’être plus actif dans le jeu.

Hélène Coubard, professeure documentaliste
Lycée Santos Dumont, Saint-Cloud (92)

Matériel emprunté dans le cadre de Créatice