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Duchamp ou « le défroqué de l’art »

Collection ARTS AU SINGULIER

Il y a un avant et un après Duchamp puisqu’il a rendu possible un nouvel espace de pensée. Avec lui, est advenu au monde un nouvel objet, jusque-là impensé, à la « beauté libre ». Pour tout un chacun, et jusqu’à ce jour, Duchamp porte le nom d’avant-garde.


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par Bruno Durand

QUI AURAIT cru possible, au début du XXe siècle, qu’un porte-bouteilles, une pelle à neige suspendue au plafond, un portemanteau cloué au sol, une Joconde avec des ­moustaches, une poitrine en caoutchouc mousse nous mettant en demeure de la toucher, un urinoir (certes, en porcelaine), une ampoule de verre remplie d’air (certes, de Paris), une photographie d’un travesti, un élevage de poussière, ou une peinture sur une affiche publicitaire émaillée, pourraient être regardés, estimés, voire admirés, étudiés, comme le sont les œuvres d’art  ?


Marcel Duchamp est affable, charmeur, imprévu. Ses écrits sont quasi hermétiques, ses propos parfois contradictoires, son univers répond tout à la fois de la poétique, de l’humour, du jeu, de l’ésotérisme et du « matérialisme ».

Si Marcel Duchamp n’a pas mis fin à la peinture – le souhaitait-il, d’ailleurs ? – l’invention du ready-made a tout de même écarté quelques siècles de principes et valeurs esthétiques. Kandinsky devient alors plus proche de Raphaël que Duchamp ne l’est de l’initiateur de l’abstraction.

Il y a un avant et un après Duchamp puisqu’il a rendu possible un nouvel espace de pensée. Avec lui, est advenu au monde un nouvel objet, jusque-là impensé, à la « beauté libre ».

Pour tout un chacun, et jusqu’à ce jour, Duchamp porte le nom d’avant-garde.


Article publié le samedi 16 novembre 2013, par Chantal Thos