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Les métamorphoses numériques de la lecture

« Chaque lecture est un acte de résistance, une lecture bien menée sauve de tout, y compris de soi-même »

Daniel Pennac, Comme un roman.


Aujourd’hui il est impossible de passer une journée sans que nos yeux ne croisent un écran afin d’y lire une information. Et la miniaturisation, en permettant le développement de nombreux appareils mobiles, a donné naissance à de nouvelles formes de lecture et d’apprentissage. A la lecture profonde, associée aux textes imprimés, s’oppose désormais une lecture en surface, associée à l’hypertexte. « Le lecteur, fouillant dans les résultats d’un moteur de recherche, par exemple, n’est pas seulement guidé par les lignes composant le texte. Il doit faire des choix, rebondir d’une information à une autre, construire son chemin de lecture ».
Ce lecteur distrait voit sa vitesse de lecture réduite de 25% environ ! Et lorsqu’on sait que la compréhension et la mémorisation sont proportionnelles à la vitesse de lecture, on comprend qu’un nouveau support qui réduit l’automatisation des processus provoque des questionnements.

"Construire son chemin de lecteur"

En même temps ce lecteur peut se voir offrir de multiples services : agrandissement des caractères, recherche de définition ou d’un passage dans un texte, visionner une vidéo, lire une réaction de lecteur… La sociabilité du lecteur lui permet, également, d’élargir son réseau en dehors de son groupe immédiat, et la mobilité, lui permet de poursuivre son activité où qu’il soit. S’y ajoute les applications personnelles permettant une activité d’apprentissage à l’extérieur des murs de la classe, par exemple. Mais attention, comme l’explique Thierry Baccino dans le magazine Science & Vie « …plus il ouvre des fenêtres, plus l’individu, quand il n’oublie pas purement et simplement l’objectif de sa lecture, éprouve la sensation d’être perdu, de tourner en rond et de ne plus pouvoir suivre le fil du récit ».

"L’enseignant doit ouvrir sa classe à de nouvelles formes de lectures et d’apprentissages"

Dans cette évolution, l’enseignant bousculé doit malgré tout continuer de jouer son rôle de guide et de formateur. Il doit ouvrir sa classe à de nouvelles formes de lectures et d’apprentissages. La lecture est devenue plurielle : « Lire ne réfère pas automatiquement au livre pour les élèves qui fréquentent nos écoles actuellement ; lire fait partie d’un univers où coexistent l’image, le son et l’écrit », explique Marie-France Laberge dans son texte Nouveaux Médias et transformation des pratiques de lecture. « Les effets positifs de ces nouvelles formes de lectures sont nombreux. L’interactivité permet au jeune lecteur d’utiliser sa logique, sa réflexion, son sens de l’observation ou son imagination pour progresser dans le site », explique-t-elle.

Cependant, pour elle, « … la façon de lire et de s’approprier ses lectures doit être dirigée. C’est à l’enseignant de mettre en place les conditions de l’appropriation du savoir. La lecture hypermédia exige le développement de nouvelles compétences, non seulement parce qu’elle appelle la recherche d’informations dans différents modes sémiotiques (oral, écrit, images) et suivant différentes modalités sensorielles (vision, ouïe, toucher avec la souris), mais aussi parce que le mode d’organisation des documents se trouve diversifié par rapport à l’imprimé  ».
«  Internet est un réseau qui s’invente sous nos yeux et la nécessité d’amener l’élève à dépasser le comportement de simple consommateur semble être un des rôles importants de l’école des années 2000 ».

"Maintenir son intention à l’esprit"

Ainsi l’enseignant qui dirige une activité de recherche documentaire doit non seulement aider l’élève à formuler ses requêtes dans les moteurs de recherche, mais il doit aussi amener l’élève à identifier, trier pour mieux restituer. Et surtout veiller à maintenir son intention à l’esprit lors des différentes étapes.

Christion Vandendorpe, explique dans Du papyrus à l’hypertexte que «  la dynamique du web tend donc à transformer la lecture en une activité fébrile où le lecteur est constamment à la surface de soi-même, surfant sur l’écume des sens offerts, emporté dans un kaléidoscope d’images et de fragments de textes oubliés dès qu’ils ont été perçus  ».

"Mais est-ce que tout cela convaincra de nouveaux lecteurs et cela annonce-t-il la mort du livre imprimé ?"

Actuellement l’ebook n’occupe, chez nous, que moins de 1% du marché total du livre. L’invasion annoncée n’a pas eu lieu. Arrivé timidement en 2008 avec les premières liseuses, le livre numérique « est encore mal vu par l’élite intellectuelle  », déclare Bernard Strainchamps, libraire chez Feedbooks, société d’édition 100% numérique fondée en 2007. Pour l’instant, l’e-lecture concerne surtout des livres dits « de genre » : polars, SF, littérature érotique, romans sentimentaux. Ce sont aussi les éditeurs de ces gammes qui se sont montrés les plus créatifs. Ainsi Stéphane Marsan, patron des éditions Bragelonne (SF) expliquait au Salon du livre : «  il faut être inventif et travailleur, le numérique n’est pas seulement un nouveau support, c’est une vraie nouvelle édition. Nous devons imaginer de nouvelles pratiques commerciales, des promotions, des diffusions sur les réseaux sociaux…  ».
Aujourd’hui, l’offre consiste essentiellement en versions numériques des livres écrits pour du papier. Mais, demain, arriveront de nouveaux corps de livre, enrichies en vidéo, en musique, en possibilités techniques.

"Le numérique, c’est une vraie nouvelle édition"

Au Salon du livre, De jeunes créatifs ont présenté leur projets : un ouvrage historique de Max Gallo ponctué d’archives inédites commentées par l’auteur ; un livre-application sur le périple d’une française à Tokyo ; un roman interactif bilingue pour apprendre l’anglais ; la visite de l’Enfer de Dante illustré par Botticelli [consultable en intégralité, sur les tablettes du CDDP].

La littérature de jeunesse est aussi de plus en plus numérique. Il y a tout un univers culturel en pleine ébullition. Et l’on peut parfois se poser la question : s’agit-il d’un jeu ou d’un livre ? Par exemple, Audois & Alleuil Editions édite sa propre collection de livres enrichis. Cette maison d’édition innovante, spécialisée dans les applications jeunesses. Ils ont créé un livre au contenu riche de multiples possibilités « La princesse aux petits prouts » [consultable en intégralité, sur les tablettes du CDDP]. Une conférence « Le numérique dans l’édition jeunesse », animée par Véronique Soulé, BNF – La joie par les livres et Barbara Bessat-Lelange, ed. Bragelonne, aura lieu au CDDP 91 le mercredi 12 juin 2013 à 14h.

Le numérique ouvre également de nouvelles perspectives aux auteurs de BD. La palette graphique a ouvert en grand internet à la création graphique. Et déjà de nombreux dessinateurs se sont fait connaitre sur les blogs. Aujourd’hui cette nouvelle génération s’organise et les magazines de BD numériques fleurissent sur la toile : BD Nag (gratuit et destiné aux enfants), Mauvais esprits (strips et formats courts d’humour), Professeur Cyclope et La revue dessinée.

Le livre n’est donc pas mort. La lecture, quel que soit le support va continuer d’évoluer, de se métamorphoser, de s’adapter et chaque forme de lecture servira toujours à enrichir notre expérience de lecteur.

Dossier de ressources présentant une sélection de liens et quelques éléments de réflexion.


Article publié le mardi 14 mai 2013, par Isabelle Simonin