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Visite et présentation de ressources à la Cité nationale de l’histoire de l’immigration


Générations, un siècle d’histoire culturelle des Maghrébins en France

Du 17 novembre 2009 au 18 avril 2010, la Cité présente Générations, un siècle d’histoire culturelle des Maghrébins en France, une exposition proposée par l’association Génériques.

L’exposition

Sportifs, chanteurs, peintres, romanciers, hommes politiques, syndicalistes, acteurs ou poètes… Célèbres pour quelques-uns, méconnus pour la plupart : ils ont fait notre histoire. À travers la musique, le cinéma, la littérature, les arts plastiques, le théâtre, mais également la vie politique, cette rétrospective retracera un siècle d’histoire culturelle des Maghrébins en France. Prenant en compte toutes les facettes de cette histoire, des orchestres judéo-musulmans encore actifs au début des années 1970, en passant par les mouvements d’indépendances jusqu’aux années 2000, cette exposition raconte la longue histoire de l’enracinement des Maghrébins de France. Une histoire entamée dès la moitié du XIXe siècle, une histoire qui s’écrit encore aujourd’hui.

Mobilisant les avancées les plus récentes de la recherche et des dizaines de fonds d’archives inédites, cette exposition raconte une histoire méconnue : celle du long et complexe processus d’enracinement des Maghrébins en France. Utilisant notamment les partitions et textes des chanteurs de l’immigration, qui se comptent au final par centaines, mais aussi les matériaux qu’offrent la littérature, le cinéma, les arts plastiques ou l’histoire sociale, l’exposition restitue au plus près la vie sociale, politique et culturelle de communautés de plus en plus dynamiques avec quatre partis pris :
- embrasser l’histoire sur le long cours, en partant des pionniers de la moitié du XIXe siècle aux mutations radicales de ces dernières décennies.
- raconter cette histoire du point de vue des populations dont on parle, sans négliger leur environnement, d’où le choix de privilégier dans la scénographie les supports culturels, témoins premiers du long processus d’enracinement et de ses épreuves – les deux conflits mondiaux, la colonisation puis les guerres d’indépendance, la sédentarisation inéluctable et toujours en question, etc.
- raconter ce siècle à partir des itinéraires de personnalités et de personnages, maghrébins ou français, qui en ont été les acteurs encore trop souvent méconnus : de l’Emir Abdelkader, fêté par Napoléon III et le Grand Orient, aux marcheurs de 1983, du Kabyle Ahmed Ben Amar El Gaïd, fondateur du Cirque Amar, aux vedettes d’aujourd’hui.
- passer enfin de la mémoire à l’histoire, sans négliger ni les conflits ni les rencontres et les métissages et en prenant en compte toutes les facettes, des orchestres judéo-musulmans, encore actifs au début des années 1970, aux dynamiques et interrogations d’aujourd’hui.

L’exposition décline cette histoire en 7 séquences :

Fin XIXe - 1914 : La passion d’Abdelkader

À la veille du premier conflit mondial, les Maghrébins de France ne sont que quelques milliers, mais les contacts et la découverte mutuelle s’intensifient au rythme de l’entrée des pays du Maghreb dans l’empire colonial français : l’Algérie dès 1830, la Tunisie en 1881 et le Maroc en 1912.
Dès cette période, trois dynamiques essentielles s’amorcent et vont pour longtemps marquer la présence maghrébine en France. Dès la conquête de l’Algérie, l’armée française mobilise dans les colonies. A partir du tournant du siècle, le lycée Saint-Louis à Paris accueille les premiers étudiants tunisiens. Des travailleurs de Kabylie participent à la construction du métropolitain et, à la veille de la guerre, quelques milliers d’Algériens sont déjà dans les fosses minières du Nord…

1914-1918 : La casquette et la chéchia

Pendant la guerre, près de trois cent mille soldats et cent trente mille ouvriers originaires du Maghreb sont mobilisés tant dans les tranchées qu’à l’arrière du front, dans les champs comme dans les usines, pour remplacer les Français partis à la guerre. Pour tous, la confrontation à la guerre comme au salariat moderne, ouvrent des perspectives nouvelles. La noria de l’émigration est enclenchée.

Les commerçants Saïd Hadjem et Arab Ougad devant leur boutique à Paris. 1922. Carte postale. Collection particulière Hamou Allam

Les commerçants Saïd Hadjem et Arab Ougad devant leur boutique à Paris. 1922. Carte postale. Collection particulière Hamou Allam

1918-1945 : Les cheminements de la conscience

En dépit de multiples entraves administratives, plus de quatre cent mille Maghrébins auraient traversé la mer entre 1921 et 1939. Aux côtés de quelques centaines d’étudiants cette émigration ouvrière se concentre dans les régions parisienne, lyonnaise et dans le Nord, où elle vit dans les conditions les plus précaires et se trouve régulièrement confrontée à une xénophobie sans retenue.

1945-1962 : Idher-ed Waggur (Quand la lune paraît… Slimane Azem, 1955)

Ouverte par la terrible répression des manifestations nationalistes de l’est algérien le 8 mai 1945, cette période se clôt par celle des manifestants immigrés dans les rues de Paris le 17 octobre 1961. Entre ces deux dates, dix-sept années durant lesquelles, pour paraphraser une expression de Kateb Yacine, les artères « sont en crue ». Montée inexorable des mouvements nationalistes avec l’indépendance de la Tunisie puis du Maroc et, en 1962, de l’Algérie.
Mais alors même que la séparation d’avec la métropole est en marche, l’enracinement est à l’œuvre. Les populations émigrées trouvent dans les chansons des artistes maghrébins, de plus en plus nombreux en France, l’écho de leurs interrogations intimes et de leurs attentes. Tout autour, galeries d’art et maisons d’édition sont assaillies par de jeunes écrivains et peintres.

1962-1983 : L’exil blesse mon cœur

Ca bosse, ça bosse et ça ferme sa gueule. Troupe des travailleurs arabes de Paris. Années 1970. Affiche. 4352. Collection Association Génériques [zoom]

Alors que les indépendances sont censées -aux yeux des gouvernants comme des populations de France et du Maghreb-, tarir l’immigration, la société française connaît au contraire une augmentation de la présence maghrébine : arrivée précipitée des pieds noirs et des ex-harkis, bientôt suivis par des centaines de milliers de « travailleurs immigrés ».
Acceptés à titre provisoire pour de stricts besoins économiques, les prolétaires maghrébins émergent à la vie civique et font souche. Les enfants de l’immigration commencent à se manifester et, à partir de l’été 1981, ils disent leur attachement à leurs territoires et à ce qui est désormais leur pays.

1983… : Cher pays de mon enfance

La marche pour l’égalité, en1983, ouvre une période de médiatisation intense pour les enfants de l’immigration maghrébine, au cœur de la mode « beur », nourrie par une effervescence culturelle qui se manifeste à la fois dans le septième art, le roman ou dans la chanson. Mais le « beur is beautiful » ne dure pas. Dans le même temps, la légitimité de l’appartenance des jeunes Français d’ascendance maghrébine à la nation est mise en cause à partir de 1986 par un débat passionnel sur le code de la nationalité, alimenté par des interrogations désormais récurrentes sur l’islam.

Conclusion : Wesh Wesh ? (Qu’est-ce qui se passe ?)

Ces vingt dernières années foisonnent d’interrogations quant à la place des populations d’ascendance maghrébine dans une société travaillée en permanence par des mouvements contradictoires. D’un côté, de formidables avancées en termes de reconnaissance du pluralisme culturel et de la diversité. De l’autre, des vagues régulières de crispation et de stigmatisation d’une population renvoyée trop souvent à l’origine. À cet égard, l’enjeu pour les nouvelles générations, toutes origines confondues, consiste probablement à regarder sereinement le passé, sans amnésies ni lecture manichéenne. À le scruter sans a priori, avec ses pages sombres et ses moments d’éclat.
Réalisation de l’exposition

Voir en ligne : Site de la Cité nationale de l’histoire de l’immigration


Article publié le mardi 22 décembre 2009